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AUTOUR DE LA MAISON

crayons !… Gabrielle était avec nous. On lui disait : « Tu sais, nous allons apprendre les verbes, cette année, et la géographie ! » Et l’une de nous avait ajouté : « Tu les sais, toi, les verbes, Gabrielle ? dis-nous en donc ! »

Gabrielle était debout, appuyée au bras de la galerie, la tête dans les gloires du matin qui grimpaient tout le tour de la maison. Elle avait des cheveux roux qui moussaient sur les tempes et se doraient au soleil, et de grands yeux noirs, pleins de lumière. Elle était fine, souple, mince, et d’elle se dégageait ce charme particulier aux enfants qui ne vivent guère. Elle nous dit : « C’est en classe qu’on récite des verbes. » Mais on insista : « Dis-nous-en, Gabrielle, dis-nous-en ! » Et elle commença le verbe aimer, qu’elle récita jusqu’à bout de souffle, à la manière des petites filles de couvent. Nous étions en extase. Elle n’avait que quelques pouces de plus que nous, Gabrielle, et elle savait tout ça !

* * *

Quelques jours plus tard, dans la grand’cour du pensionnat, Mère S.-Anastasie surveillait la récréation du midi. On entendait les plus petites qui chantaient, avec des voix mêlées, douces ou fortes, basses ou grêles, en