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AUTOUR DE LA MAISON

je pleurai comme une folle en retournant chez nous.

Le matin de la sépulture, toutes les petites filles du pensionnat, en robe noire et en voile blanc, nous allâmes chercher Gabrielle. C’était en mai. Je revois encore le défilé par les rues de mon village, mais je ne sais plus s’il faisait soleil. C’était tellement triste, cette procession. À la chapelle du couvent, il y eut un arrêt, une cérémonie d’adieu : un chant à la Sainte Vierge, qui parlait d’au revoir, au ciel. Mais en attendant, mon Dieu, la fillette que j’étais pleurait, et se demandait pourquoi vous n’aviez pas pris la « Louchon », ou d’autres petites, malheureuses, et laides, et misérables, qui restaient sur le « Coteau », n’avaient rien à manger, que leurs parents n’aimaient pas beaucoup, et qui eussent été si contentes, il me semblait, de s’en aller au ciel !

* * *

Dans mon missel, j’ai, seul souvenir de Gabrielle, une image mortuaire ; dans ma mémoire, j’ai deux portraits : celui du petit chaperon rouge, si pâle, et celui de la fine enfant qui me récitait le verbe aimer, la tête sur fond de verdure et de ciel bleu.