Page:LeNormand - Autour de la maison, 1916.djvu/41

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
41
AUTOUR DE LA MAISON

Nos petites filles étaient si riches, voyez-vous ! Elles avaient de tout, ces enfants-là. En revêtant une robe neuve, elles avaient souvent une nouvelle poupée dans les bras, ou une balle, ou un miroir. Elles tenaient des fleurs à la main, et même j’en ai vu qui avaient un perroquet sur l’épaule ! Au bout d’une corde, les plus petites traînaient une charrette, et les plus grandes, en robes de matin, étaient parfois assises devant une table de toilette, à trois miroirs ! On découpait tout, vous pensez bien !

Le jeudi, chacune de nous s’installait à l’une des larges fenêtres de la grande salle. Nous érigions là nos châteaux. Ils se composaient de douze à quinze boîtes de différentes grandeurs, mises sur le cant, leurs couvercles servant de plancher. Les chambres étaient roses, ou mauves, ou bleues, avec des lits de papier d’argent, sur des ripes de papier de soie. Elles sentaient le chocolat ; c’étaient des boîtes de « Fry » à dix sous ! La salle à manger était une boîte de gomme, que l’on avait quêtée au prochain magasin de bonbons. Elle était vaste, rose en dedans, avec un couvercle à même, en dessous duquel on plaçait toutes les petites filles en pile, âge par âge ; c’était la garde-robe. Le salon, immense, était une boîte à chaussure. Comme, pour