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I

Autour de la maison



Chaque soir de mai, tante Estelle sortait de la maison, nos trois petits chapeaux dans les mains, et appelait : « Pierre, Toto, Michelle, au “mois”, mes enfants ! »

Et nous accourions du fond du parterre, sautant du hamac où nous nous bercions en chantant. Toto me prenait la main et continuait à crier : « Il y a longtemps que je t’aime, jamais je ne t’oublierai. » Pierre marchait avec tante. Au premier coin, Toto demandait : « Tante Estelle, veux-tu que nous prenions une course pour voir si Pierre et toi, vous serez à l’église avant nous ? » — Et elle disait oui, nous faisant promettre de marcher sagement. « Parole d’honneur, tante Estelle », criait Toto.

Tante prenait le carré par une rue, nous par l’autre. Aussitôt hors de vue, nous nous mettions à courir comme des fous ! Petit Pierre et tante Estelle étaient encore à une trentaine de pas, quand nous atteignions le coin de l’église. Nous nous arrêtions, gesticulant en signe de triomphe, et lissant nos