Page:LeNormand - Autour de la maison, 1916.djvu/52

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
52
AUTOUR DE LA MAISON

Julie venait nous appeler pour le souper et renotait : « Il fait déjà brun, que c’est ennuyant l’automne ! »

Ennuyant, l’automne ? Mais pourquoi ? C’était enivrant, beau, frais, réveillant ! Ça remplissait le cœur comme quelque chose d’infini ! Ça donnait des ailes aux petits garçons et aux petites filles ! Et l’on était sorcier à qui mieux mieux, faisant le diable sans se lasser, avec tant d’entrain et de joie que le bon Dieu devait en rire ! Les grandes personnes disaient que l’automne était triste ! Les grandes personnes ne savaient donc pas vivre ?

Moi aussi, je suis devenue une grande personne. Je sais pourquoi tante Estelle était attristée quand les feuilles tombaient. Elle savait bien que les petits enfants, qui faisaient résonner la maison de leurs cris joyeux, deviendraient des gens raisonnables, souvent trop silencieux, parce qu’ils ont vu la vraie vie qui contient tant de feuilles mortes. Elle savait, tante Estelle, que l’automne ressemble à la vie qui s’en va, mais elle était chrétienne aussi, et ses regrets étaient doux, sans amertume.

Pour moi, l’automne, c’est l’ardeur, l’activité qui recommence après la torpeur et la paresse des jours chauds : je sens en moi plus