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AUTOUR DE LA MAISON

On s’amusait beaucoup du spectacle. On restait devant les bûches, tant qu’il y avait des œufs à déménager. Et on se demandait comment les fourmis feraient pour vivre quand il y aurait de la neige.

Car il y aurait de la neige bientôt, dans un mois peut-être ! Cette perspective nous rendait aussi agités que l’étaient les laborieuses fourmis, et l’on sautait de joie en regardant tomber les feuilles, qui étaient jaunes et rouges dans les arbres.

Il faisait noir très tôt, maintenant. Tante Estelle ne s’asseyait plus sur la galerie. Elle sortait un moment, les quatre-saisons rentrées, et nous disait : « Regardez là-bas, mes petits enfants, comme le ciel est clair. C’est du froid, il gèlera. » À cinq heures, le soleil était couché. Tout l’horizon était jaune, d’un jaune net et brillant, et, au-dessus de nous, la nuit s’en venait, en bleu qui se fonçait par degré. Je vois encore une grange seule dans les vastes champs, sur l’autre rive. À qui appartenait-elle ? Elle se détachait sur le jaune du ciel, d’un gris couleur du bois vieilli, quand il n’a jamais été peinturé. Elle était isolée par la rivière, comme dans un désert. Je m’imaginais être transportée dans cette grange ! Je frissonnais !…

Mais, pourtant, de là, j’aurais vu la maison toute blanche sous le ciel noir, comme la