Page:LeNormand - Autour de la maison, 1916.djvu/73

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
73
AUTOUR DE LA MAISON

grande personne, disant : oui, non, papa, maman ; un poêle avec un tambour chauffeur, une bavette et deux feuilles de tuyau ! Elle m’assurait qu’elle avait un plein grenier d’affaires, et ajoutait : « Si tu veux venir me reconduire, après la classe, je te montrerai tout ça. »

Tant de richesse m’étonnait ; c’était une petite « habitante » qui demeurait assez loin en dehors du village, et qui n’était jamais allée à la ville. Où avait-elle pris tant de merveilles ? Elle insista : « Vas-tu venir ? » J’hésitai, puis je promis.

À trois heures, nous partions toutes les deux, nos sacs d’école en bandoulière. Les rues étaient désertes ; l’automne, à la campagne, les gens restent au coin du feu. Nous avions sorti nos règles et nous nous amusions à les laisser traîner sur les clôtures de broche ou de bois ; ça faisait une musique brusque, un bruit sec et répété, qui plaisait à nos oreilles. Dans la rue de sable, une voiture passait de temps en temps. Les feuilles sèches volaient au vent. Au bord de l’eau, les saules n’étaient pas encore tous dépouillés.

Devant chez le père Forest, nous jouâmes à faire tourner des feuilles d’érable en plomb, peintes en vert, qui étaient fixées, comme parure mobile, à chaque broche de la clôture