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AUTOUR DE LA MAISON

des poches de grosse toile, ils les tenaient ouvertes avec leurs deux mains, et on y jetait pèle-mêle sacs de bonbons et fruits. Maman leur donnait des beignes et des tourtières. Ils étaient aussi joyeux que nous, plus heureux peut-être, parce que la fête était plus extraordinaire, et que les privations de l’année les rendaient moins difficiles, les chers petits pauvres.

Tous les quêteux du village défilaient, jusqu’à ce Johnny, qui était toujours ivre et dormait dans toutes les rues et dans tous les parterres, en été ! Il arrivait l’œil déjà mouillé, la jambe un peu molle ; bon diable, il se mettait à genoux pour faire ses souhaits, appelant papa et maman : « Mon bon monsieur, ma bonne dame », et finissant ses vœux démonstratifs en disant : « J’chus saoul, mais j’chus pas mauvais ; j’veux cinq cents pour mes étrennes, pour me payer la traite. » On avait beau le combler de manger, il continuait à supplier à genoux. Le manger, voyez-vous, pour lui, ça ne valait rien ; il lui fallait le boire qui réchauffe et endort ! Pauvre misérable, qui nous faisait rire et me ferait pleurer, maintenant, de pitié pour sa vie d’abruti.

Le jour de l’an passait comme un rêve ; il venait tant de monde ! On voyait presque