Page:Le Bon - Psychologie de l’Éducation.djvu/47

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sive des livres ? Ces malheureuses victimes du plus déformant régime intellectuel auquel un homme puisse être soumis, n’ont jamais quitté les bancs avant de monter dans une chaire. Bancs des lycées, bancs de l’École normale ou bancs des Facultés. Ils ont passé quinze ans de leur vie à subir des examens et à préparer des concours. À l’École normale, « leurs devoirs sont littéralement taillés pour chaque jour. Tout se passe avec une régularité écrasante. Les programmes des examens ne laissent pas une ombre de mouvement à ces malheureux esclaves de la science ». Leur mémoire s’est épuisée en efforts surhumains pour apprendre par cœur ce qui est dans les livres, les idées des autres, les croyances des autres, les jugements des autres. De la vie, ils ne possèdent aucune expérience, n’ayant jamais eu à exercer ni leur initiative, ni leur discernement, ni leur volonté. L’ensemble si subtil qu’est la psychologie d’un enfant, ils n’en savent absolument rien. Comme le cavalier inexpérimenté sur un cheval difficile, ils ignorent les moyens de se faire comprendre de l’être à diriger, les mobiles qui peuvent agir sur lui et la façon de manier ces mobiles. Ils récitent, devenus professeurs, les cours que tant de fois ils récitèrent comme élèves, et pourraient être facilement remplacés dans leurs chaires par de simples phonographes.

Pour arriver à être professeurs, il leur a fallu apprendre des choses compliquées et subtiles. Ces mêmes choses compliquées et subtiles, ils les répéteront devant leurs élèves. En Allemagne, où l’odieuse institution des concours n’existe pas, on juge les professeurs de l’enseignement supérieur