Page:Le Braz - La jeune Bretagne, 1905.djvu/12

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s’exerce sur des âmes faibles, mal éclairées, à peine conscientes encore de leurs devoirs et de leurs droits. L’électeur qui ne se laisse pas intimider, on le tente, disons mieux, on l’achète. Et comment l’argent ne triompherait-il pas des scrupules d’une population paysanne ou maritime, condamnée le plus souvent à des conditions de vie extrêmement précaires et parfois à toutes les suggestions de la faim ? Que si l’individualisme inné à la race fait mine de répugner à ce honteux marchandage, l’argent, le vil argent corrupteur se transmue en pur liquide couleur d’or.

On fait communier la masse sous les espèces de l’alcool. Pour abolir la conscience, on annihile le cerveau. On traine au scrutin des brutes ivres. Je sais des communes de Basses-Bretagne où l'on ne conçoit plus une élection que comme une immense soûlerie, et je pourrais citer tel marquis, candidat malheureux à la députation, qui noya dans l'eau-de-vie tout un arrondissement. C’était sa façon de ramasser les