Page:Le Braz - La jeune Bretagne, 1905.djvu/13

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voix : il fallut ensuite ramasser les cadavres ; on en compta jusqu’à sept, morts de congestion alcoolique dans les douves. Naturellement, ce marquis avait pour lui toutes les têtes bien pensantes, et je dois dire qu’il était le candidat du clergé.

Non que le clergé, lui aussi, n’ait, en apparence, changé de méthode. Autrefois, pour assurer sa domination sur les âmes, il suffisait qu’il maintint autour d’elles le mur de triple airain de l’ignorance. L’ignorance, vous le savez, est le plus merveilleux des isolateurs. Mais aujourd’hui ce mur de ténèbres est battu en brêche de toutes parts. En face de l’Eglise, l’Etat a dressé l’école, et par l’école la lumière filtre, la lumière entre dans les cerveaux enténébrés. Le Livre, cette antique terreur des campagnes, en qui l’on n’était pas éloigné de voir je ne sais quel agent démoniaque, le livre a révélé sa vertu féconde, sa vertu nécessaire. En apprenant le français, le Breton a respiré l’air qui vient de France et le parfum de nouveauté