Page:Le Bulletin communiste, janvier à juin 1922.djvu/281

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I. ― Considérations générales sur le Front unique

1. Le but du Parti Communiste consiste à diriger la révolution prolétarienne. Afin d’amener le prolétariat à la conquête directe du pouvoir et d’effectuer cette conquête, le Parti Communiste doit s’appuyer sur la majorité écrasante de la classe ouvrière.

Tant qu’il n’a pas cette majorité, il doit lutter pour s’en emparer.

Il ne peut l’atteindre que s’il constitue une organisation tout à fait indépendante pourvue d’un programme clair et d’une discipline intérieure très sévère. C’est pourquoi il a dû se séparer idéologiquement, ainsi que par son organisation, des réformistes et des centristes qui n’aspirent pas à la révolution prolétarienne, ne savent ni ne veulent y préparer les masses et s’opposent à ce travail par toute leur conduite. Ceux des membres du Parti Communiste qui déplorent la scission au nom de l’unité des forces et de l’unité du front ouvrier montrent par cela même qu’ils ne comprennent même pas l’a b c du communisme et qu’ils n’appartiennent au Parti Communiste que par suite de circonstances fortuites ;

2. Le Parti Communiste s’étant assuré une indépendance complète par l’unité idéologique de ses membres lutte pour étendre son influence sur la majorité de la classe ouvrière. Cette lutte peut être plus ou moins lente ou rapide, suivant les circonstances et la conformité plus ou moins grande de la tactique au but.

Mais il est tout à fait évident que la lutte de classe du prolétariat ne cesse pas dans cette période de préparation à la révolution.

Les conflits entre la classe ouvrière et les patrons, la bourgeoisie ou l’Etat, surgissent et se développent sans cesse par l’initiative de l’une ou de l’autre des parties.

Dans ces conflits, pour autant qu’ils embrassent les intérêts vitaux de toute la classe ouvrière ou de sa majorité ou bien d’une partie quelconque de cette classe, les masses ouvrières sentent la nécessité de l’unité des actions, de l’unité dans la défensive contre l’attaque du capital ainsi que l’unité dans l’offensive contre celui-ci. Le Parti qui contrecarre mécaniquement ces aspirations de la classe ouvrière, à l’unité d’action sera irrévocablement condamné par la conscience ouvrière.

Ainsi donc, la question du front unique, tant par son origine, que par son essence n’est pas du tout une question de relations entre les fractions parlementaires communiste et socialiste, entre les comités centraux d’un parti et de l’autre, entre l’Humanité et Le Populaire. Le problème du front unique surgit de la nécessité d’assurer à la classe ouvrière la possibilité d’un front unique dans la lutte contre le capital malgré la division fatale à l’époque actuelle, des organisations politiques qui ont l’appui de la classe ouvrière.

Pour ceux qui ne le comprennent pas le Parti n’est qu’une association de propagande et non pas une organisation d’action de masse :

3. Dans les cas ou le Parti Communiste ne représente encore qu’une minorité numériquement insignifiante, la question de son attitude à l’égard du front de la lutte de classe n’a pas une importance décisive. Dans ces conditions, les actions de masse seront dirigées par les anciennes organisations, qui, en vertu de leurs traditions encore puissantes, continuent à jouer le rôle décisif. D’autre part, le problème du front unique ne se pose pas dans les pays tels, par exemple, que la Bulgarie où le Parti Communiste apparaît comme l’unique organisation dirigeant la lutte des masses laborieuses. Mais où le Parti Communiste constitue une grande force politique sans avoir encore une valeur décisive où il embrasse soit le quart, soit le tiers de l’avant-garde prolétarienne, la question du front unique se pose dans toute son acuité.

S’il embrasse le tiers ou la moitié de l’avant-garde du prolétariat — il s’ensuit que l’autre moitié ou les deux tiers font partie des organisations réformistes ou centristes. Mais il est tout à fait évident que les ouvriers qui soutiennent encore les réformistes et les centristes sont tout aussi intéressés que les communistes à la défense de meilleures conditions d’existence matérielle et de plus grandes possibilités de lutte. Il est donc nécessaire d’appliquer notre tactique de telle manière que le Parti Communiste qui est l’incarnation de l’avenir de la classe ouvrière entière n’apparaisse pas aujourd’hui – et surtout ne le soit pas en fait – un obstacle à la lutte quotidienne du prolétariat.

Le Parti Communiste doit faire plus que cela : il doit prendre l’initiative d’assurer l’unité de cette lutte quotidienne. C’est uniquement ainsi qu’il se rapprochera des deux autres tiers, lesquels ne marchent pas encore avec lui et n’ont pas encore confiance en lui parce qu’ils ne le comprennent pas. Ce n’est que par ce moyen qu’il en fera la conquête ;

4. Si le Parti Communiste n’avait pas réalisé la rupture radicale et décisive avec les social-démocrates, il ne serait jamais devenu le parti de la révolution prolétarienne. Il n’aurait pu faire le premier pas sérieux dans la voie de la révolution. Il serait resté pour toujours une soupape de sûreté parlementaire de l’Etat bourgeois.

Ne pas le comprendre c’est ignorer la première lettre de l’alphabet du communisme.

Si le Parti Communiste ne cherchait pas à trouver les voies d’organisation susceptibles de rendre possible à chaque moment donné des actions communes concertées entre les masses ouvrières communistes et non-communistes (social-démocrates compris), il prouverait par cela même son incapacité de conquérir la majorité de la classe ouvrière par des actions de masse. Il dégénérerait en une société de propagande communiste et ne se développerait jamais en parti de conquête du pouvoir.

Ce n’est pas assez d’avoir un glaive, il faut l’aiguiser,