Page:Le Coran (Traduction de Savary, vol. 1), 1821.pdf/180

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Mecque. Ce précepte fut reçu avec de grandes acclamations, et tandis que le peuple le regardait comme une faveur du ciel, le législateur y voyait un moyen de fixer la pensée de ses disciples sur un lieu dont il désirait ardemment la conquête. Un point important était d’unir par des liens sacrés des tribus que divisaient d’anciennes haines. Il créa l’ordre de la fraternité : cet ordre fit des citoyens désunis, une même famille, dont tous les efforts concouraient à la grandeur du chef qui la dirigeait. Il fallut s’opposer à ses ennemis, et les repousser les armes à la main. Ce fut alors qu’il montra cette intrépidité dont il avait donné des preuves dans les combats livrés sous les yeux d’Abutaleb ; ce fut alors qu’il déploya les talens d’un grand général. La victoire ou le martyre fut l’alternative qu’il proposa à ses soldats. L’espoir d’un butin toujours partagé fidèlement enflamma leur courage. L’assurance d’un secours divin toujours présent les rendit invincibles. Obligé de combattre contre l’Arabie entière avec les seuls citoyens de Médine, la rapidité de ses attaques, les positions avantageuses qu’il sut choisir, la valeur héroïque des guerriers qu’il forma, le rendirent supérieur à ses ennemis. Tandis qu’il soufflait dans tous les cœurs le feu du fanatisme, froid au milieu du carnage, il apercevait tous les mouvemens de l’armée opposée, et profitait d’une faute, ou avait recours au stratagème pour lui arracher la victoire. La journée d’Ahed, la seule où la fortune lui fut contraire, fit voir les ressources de son génie, et l’empire qu’il avait sur les esprits. Les idolâtres, vainqueurs, n’osèrent poursuivre leur avantage, et aucun des Musulmans ne se détacha de son prophète. Lorsque la ruine des Juifs et la soumission de plusieurs tribus arabes eurent étendu sa puissance, il envoya des ambassadeurs aux souverains étrangers. Il ne se flattait pas de les voir tous embrasser l’islamisme ; mais il se préparait un prétexte pour les attaquer quand le temps serait venu. Après huit ans de combats et de triomphes, la Mecque, forcée de céder au torrent, ouvrit ses portes