Page:Le Coran - Traduction de Savary, volume 1, 1821.djvu/14

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connaisseurs, remportait la palme, était immortalisé. Labid ebn Rabia, poëte fameux, y avait attaché un poëme de sa composition. Sa réputation et le mérite de son ouvrage écartaient les concurrens. Aucun ne se présentait pour lui disputer le prix. On mit à côté de son poëme le second chapitre du Coran. Labid, quoiqu’idolâtre, fut saisi d’admiration à lecture des premiers versets, et s’avoua vaincu.

Cette admiration que la lecture du Coran inspire aux Arabes, vient de la magie de son style, du soin avec lequel Mahomet embellit sa prose des ornements de la poésie, en lui donnant une marche cadencée, et en faisant rimer les versets. Quelquefois aussi, quittant le langage ordinaire, il peint en vers majestueux l’Éternel assis sur le trône des mondes, donnant des lois à l’univers. Ses vers deviennent harmonieux et légers lorsqu’il décrit les plaisirs éternels du séjour de délices ; ils sont pittoresques, énergiques, quand il offre la peinture des flammes dévorantes.

S’il est impossible de rendre l’harmonie des sons et des rimes arabes, on peut, en égalant son style à celui de l’auteur, en circonscrivant les tableaux dans le cadre qu’il leur a tracé, exprimer la vérité de ses traits, et en offrir une image vivante ; mais, pour y réussir, il ne faut pas unir les pensées qu’il a détachées, en ajouter d’intermédiaires, et faire, d’un ouvrage écrit avec chaleur, une prose froide et dégoûtante.

Maracci, ce savant religieux qui a passé quarante ans à traduire et à réfuter le Coran, a suivi la vraie