Page:Le Dantec — L'Athéisme.djvu/108

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teur d’hommes ; il a déjà assez de mal à se conduire lui-même, ne croyant pas à sa personnalité, n’ayant pas le sentiment de ses droits. J’ai entendu exposer par un professeur de philosophie un subtil raisonnement, très connu probablement dans le monde des philosophes : Qui a des devoirs a par là-même des droits, savoir au moins, le droit de faire ce qu’il faut pour accomplir ses devoirs. L’athée vrai reconnaît les droits des autres et ne s’accorde aucun droit, quoi qu’ayant le sentiment du devoir ; c’est un être mal équilibré et qui n’est nuisible qu’à lui-même.

Bien entendu, je n’ai pas la prétention de dire qu’il suffit d’être athée pour être honnête homme ; je parle de l’athée philosophe et qui raisonne ; je suppose d’ailleurs qu’il a une conscience morale ce qui n’est pas fatal, mais s’il lui manque déjà l’idée de Dieu, qui est un des caractères héréditaires de l’espèce humaine, ce serait en faire un cas par trop tératologique que de le supposer en outre dépourvu de cet autre caractère spécifique qu’est la conscience morale. Que serait l’homme muni de cette double monstruosité ? Il est difficile de le deviner ; serait-il seulement viable ? Peut-être faut-il ranger dans cette catégorie les grands criminels qui ont étonné l’humanité[1].

  1. Il faudrait cependant pour cela que la monstruosité s’accrût encore de l’absence de logique ou de raisonnement ; l’athée qui raisonne ne peut être ni orgueilleux, ni despote, ni cruel.