Page:Le Dantec — L'Athéisme.djvu/92

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est chez eux le résultat de l’idée de Dieu ? En d’autres termes, voici le problème à résoudre : Que serait la conscience morale de l’homme actuel si, sans avoir jamais eu l’idée de Dieu, il avait seulement été soumis pendant de longues générations à des lois sociales uniformes ?

La réponse à une question ainsi posée ne sera jamais entièrement satisfaisante. Rien n’est plus fallacieux que les hypothèses par lesquelles on reconstruit un monde en faisant abstraction de l’un des facteurs qui ont joué un rôle indéniable dans la formation de celui que l’on a observé. J’ai le droit d’affirmer que, même sans l’idée de Dieu, une vie sociale prolongée aurait amené dans l’hérédité des membres d’une société quelque chose d’équivalent à notre conscience morale actuelle ; mais jusqu’à quel point serait poussée cette équivalence ?

Et puis, ne dois-je pas me demander aussi si, sans l’idée de Dieu, une vie sociale prolongée eût été possible ? Si je n’avais d’autre but que de triompher des croyants, je leur dirais : « Vous refusez une âme aux animaux ; vous leur refusez la notion de Dieu, et cependant les abeilles ont une société mieux organisée que la nôtre » ; mais ce n’est pas contre les croyants que je discute ; c’est contre moi-même, et je ne me permettrai pas d’affirmer que les abeilles, vivant en société, n’ont pas l’idée d’un Dieu dont on pourrait parler