Page:Le Franc - Le wattman - nouvelle canadienne inédite, Album universel, 29 septembre 1906.djvu/17

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été tuée sur le coup : les voyageurs descendirent et regardèrent, horrifiés, le corps de l’enfant écrasé sous l’une des énormes roues pendant que le conducteur courait à la station de téléphone la plus voisine pour demander les outils nécessaires à dégager le cadavre.

Et Wilfrid Lacombe, incapable de soutenir plus longtemps la vue de ce spectacle, reprit, hébété, sans savoir ce qu’il faisait, le chemin de la ville. Ce n’étaient pas les suites possibles de l’accident qui lui faisaient prendre la fuite ; il savait comment les choses se passeraient : le coroner tiendrait une enquête et innocenterait le wattman ; il serait prouvé qu’il n’avait pu éviter la catastrophe : la fillette s’était jetée sous les roues, dans le geste instinctif de rattraper son chapeau que le vent venait de lui enlever au tournant du chemin.

Mais toujours l’atroce vision le poursuivait… Si, en effet, la fatalité avait été peut-être la plus coupable dans l’accident du matin, il songeait qu’il avait failli à son devoir, déserté moralement son poste en montrant de la distraction là où il eût fallu une vigilance de tous les instants. S’il n’était pas responsable de la mort de l’enfant, combien d’autres eût-il pu causer ! Et que dirait Aline en apprenant l’accident, qu’il n’aurait pas la force de cacher ? que dirait Mme Legendre ? Ne le considéreraient-elles pas comme un assassin ?

Sa cervelle troublée était prête à toutes les exagérations…