Page:Le Franc - Le wattman - nouvelle canadienne inédite, Album universel, 29 septembre 1906.djvu/6

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aujourd’hui, l’a peu à peu détrôné, la machine à écrire et la sténographie, il manquait d’esprit pratique, un rien lui faisait perdre la tête, il était piètre mathématicien, en un mot, il n’était pas “business”.

Et à mesure qu’il montait les étages, il descendait pas à pas, de ses illusions, jusqu’au jour où, de l’Olympe où il avait conversé parfois avec Jupiter, il tomba... à la tête d’un tramway dans les rues de Montréal. La chute fut rude. L’habit à boutons jaunes et la casquette à galons d’or l’en consolèrent imparfaitement. Il jouissait de plus du titre de wattman, qu’on n’avait pas emprunté, et pour cause, à l’antiquité.

  • * *

Cependant, comme c’était le printemps et qu’il avait été placé sur l’une des parties les plus agiéables du réseau, la ligne de Cartierville, il oublia ce que les préjugés des hommes eussent appelé une déchéance et qui était sur la planète une façon comme une autre d’activité.

Il accomplissait sa besogne d’une âme machinale et emplissait ses yeux du spectacle de la nature revivifiée.

Le Mont-Royal, au pied duquel il passait plusieurs fois par jour, régnait sur la ville comme un dieu chevelu enfoui dans une grotte de verdure et semblait animer, de son haleine, le long des rues et des avenues, les érables et les ormes qui, à leur tour, laissaient pendre leurs branches