Page:Le Franc - Le wattman - nouvelle canadienne inédite, Album universel, 29 septembre 1906.djvu/8

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pour que les passants pussent les respirer.

Il apercevait aussi, sur son parcours, les murailles grises de son ancien collège, qu’il regardait avec amertume, pensant qu’il n’avait pu faire de lui un homme.

Il s’intéressa à ses clients de passage ; au bout d’un mois, il reconnaissait quelques-uns d’entre eux qui prenaient le tramway à heures fixes, des employés de bureaux, sans doute, des commis de magasins qui partaient le matin pour revenir le soir.

C’est ainsi qu’il remarqua bientôt une jeune fille qui venait chaque jour de Cartierville à Montréal. Elle portait dix-huit ans ; l’air de dignité dont elle essayait de revêtir sa physionomie demeurée douce et enfantine malgré ses efforts, le frappa peut-être davantage que sa beauté. De sa régularité à se rendre en ville, qu’il fit beau ou mauvais temps, et à regagner le soir la banlieue, il conclut qu’elle devait être employée quelque part, dans un cabinet d’affaires ou une maison de commerce, il n’en savait rien, mais il était certain qu’elle gagnait sa vie, comme lui. Et cette pensée le touchait, elle paraissait si délicate ! l’émouvait, la lui rendait intéressante. De l’intérêt, à son âge, on glisse vite à l’amour, et le wattman Lacombe devint amoureux, au mépris du sens commun, d’une jeune inconnue qui avait des cheveux bruns sous une capeline fleurie de bluets, des yeux gris, à moins qu’ils ne fussent bleus, ou verts, ou même noisette, il n’en était pas sûr, et enfin