Page:Le Goffic - L'Âme bretonne série 3, 1910.djvu/270

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Linkin, la pluie qui tambourinait aux vitres, le chanvre qui bruissait aux doigts des fileuses, et vous, Perrine, assise sous le manteau de la cheminée dans le grand fauteuil de chêne massif, un fauteuil d’une seule pièce, taillé en plein tronc, et vos contes, vos gwerz, vos sônes, vos cantiques et la prière à voix haute qui terminait régulièrement la veillée, l’invocation aux âmes du Purgatoire pour obtenir une heureuse traversée au capitaine Guillou, votre défunt mari, parti sur sa goélette la Jolie-Brise charger du sel en Espagne, tandis que vous restiez à Crec’h-Gourhan pour faire marcher la ferme…

— Seigneur Jésus, comme il se rappelle ! dit Perrine attendrie. Ah ! le brave enfant ! Oui, oui, tu es bien d’ici, toi, tu n’as pas été gâté par le mauvais air de Paris… Tu voulais savoir, n’est-ce pas, pourquoi Marie-Reine s’était faite carmélite ? Je vais tout te dire comme à mon fils.

Et, mettant le bidet au pas pour mieux filer son récit, flattée peut-être aussi, dans son amour-propre de conteuse, d’avoir retrouvé un de ses crédules auditeurs d’antan, voici ce que me narra Perrine Guillou, environ la mi-route, près du pont des Quatre-Recteurs, comme nous entrions dans la brume pâle des oseraies de Saint-Méen.

— Cette Marie-Reine, dont tu gardes le souci, je l’ai connue sans doute, mais j’ai surtout connu