Page:Le Goffic - L'Âme bretonne série 4, 1924.djvu/335

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culièrement applicable au Morbihan. Encore ne faudrait-il pas étendre à tout le département ce qui n’est vrai que de sa portion inférieure, la plus sauvage, mais non pas la moins émouvante et qui contraste par sa rudesse, son air d’antiquité, avec l’apaisante douceur, la grâce sans pareille, la verte fraîcheur des vallées du Blavet, du Loch, du Ninian et de l’Ével.

La Bretagne est la terre des oppositions. On y passe en quelques minutes de la tragédie à l’églogue. Marie, la plus pure et la plus aimable des effigies bretonnes, n’est-elle pas appelée par son poète une « grappe du Scorff » ? Meyerbeer n’a-t-il pas conféré l’immortalité musicale au charmant, quoique tout conjectural « pardon » de Ploërmel ? Octave Feuillet n’a-t-il pas placé dans la tour d’Elven la scène principale de son idyllique Roman d’un jeune homme pauvre ? Et ce qu’il dit du village d’Elven lui-même ne conviendrait-il pas merveilleusement à la plupart des petites villes morbihannaises, Auray, Questembert, Cléguérec, Le Faouët, Guéméné, Rochefort-en-Terre, Plouay, Malestroit, comme confites dans le passé et si délicieusement surannées avec leurs maisons à bardeaux, leurs « baies incrustées et sans châssis qui tiennent lieu de fenêtres », leurs groupes de femmes « au costume sculptural, qui filent leur quenouille dans l’ombre et s’entretiennent à voix basse dans une langue inconnue » ?

Ce dernier détail seul est sujet à caution, au moins en ce qui concerne Elven, à cheval sur la frontière gallo-bretonne et dont une moitié ne parle plus breton ; mais il est exact pour les autres villes et villages du département qui se trouvent à droite d’une ligne idéale partant de Croixanvec et aboutissant à Billiers, près de l’embouchure de la Vilaine, en pas-