Page:Le Goffic - Poésies complètes, 1922.djvu/170

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Je ne voyais que toi, Déesse. Enfin les astres,
Levant leurs pâles feux dans le soir attardé,
Eclairèrent au loin un pays de désastres
Qui sonnait sous nos pas comme un tombeau vidé.
 
Un grand lac noir dormait au milieu des tourbières,
Et dans l’ombre, partout où j’enfonçais mes doigts,
C’étaient de lourds granits semblables à des bières
Et des troncs d’arbres morts taillés comme des croix.
 
Le sol était jonché de corolles flétries :
Leur âme frêle agonisait sur les coteaux,
Tandis qu’au ras des joncs glissaient dans les prairies
Les tristes oiseaux blancs des ciels occidentaux.

Alors, comme en pleurant je te cherchais dans l’ombre,
Une voix grave et tendre et pareille à ta voix,
Avec des mots soumis aux volontés du nombre,
Agita les rochers, les marais et les bois.

Elle disait : — Pourquoi ces pleurs ? Pourquoi ces transes ?
Doux ami, j’étais là ; je n’avais pas bougé.
Ne laisse plus tes yeux se prendre aux apparences :
C’est mon front seulement dont la forme a changé.