Page:Le Goffic - Poésies complètes, 1922.djvu/189

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Où s’abriteront sous les branches
Leurs deux tendresses toutes blanches,
Le double amour dont chacun d’eux mourait.
Ah ! Gwion, ne dis pas qu’il faut partir. Chère âme,
Ce soir d’hiver est doux comme un épithalame.
Où pourrions-nous trouver un tel apaisement ?
Quels bords seraient plus sûrs sous un ciel plus clément ?

GWION

Fuyons-les cependant, fuyons-les, mon Urgande.
Tu n’as pas vu l’ajonc, tu n’as pas vu la lande
Se convulser au vent de mer.
C’est de leurs fruits malsains que cette île est prodigue ;
Mais elle accorde à peine au soc qui la fatigue
Un peu de seigle ou d’orge amer.
Fuyons-les ! L’heure presse et la route est ouverte.
Vois ! la douce Phœbé qui rit dans la nuit verte
Fait jusqu’au bord de tes pieds blancs
Couler un pan léger de sa traîne fleurie,
Et c’est comme un chemin semé de pierrerie
Qui s’ouvre à nos rêves tremblants.

URGANDE

Mon Gwion, je suis si lasse !
Comment prendre un tel chemin ?
Restons à la même place,
Gwion, ta main dans ma main.