Page:Le Goffic - Poésies complètes, 1922.djvu/190

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Sur ces lys, l’âme légère,
Nous dormirons jusqu’au jour
La lune est une étrangère
Qui se rit de notre amour.

GWION

Non, regarde-la mieux. Comme sa pâle flamme
Doucement jusqu’à nous glisse de lame en lame !
Comme son disque est lent à quitter l’horizon !
Regarde encore. Vois si je n’ai pas raison,
Si l’oblique reflet qui tremble derrière elle,
On ne le prendrait pas pour quelque passerelle
Que des chaînes d’argent suspendraient dans la nuit.
La mer ne fut jamais si calme ! Pas un bruit,
Rien, tout s’est tu : l’appel des halbrans, le chant vague
Des bateliers de Sein qui déchargeaient leur drague,
Pleine du sable roux qu’on pêche sur le Banc,
Et qui s’en sont allés avec le soir tombant.
Partons aussi. Fuyons n’importe où ! C’est si triste,
Sein ! Vienne l’hiver, pas une fleur qui résiste,
Ni l’œillet sur les caps, ni la rose au jardin :
Toutes, l’hiver venu, s’étiolent soudain,
Et, sur l’horizon gris taché d’un soleil trouble,
Avec le jour qui meurt et le vent qui redouble,
C’est comme une montée éperdue, un flux noir
De landes, des bonds tels aux quatre coins du soir