Page:Le Goffic - Poésies complètes, 1922.djvu/206

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



« Je ne les verrai plus, Mona, douce lumière !
Ta bouche est comparable à la rose trémière ;
Les abeilles prendraient tes yeux pour deux jasmins.
Mais les temps sont passés de ma vigueur première
Et l’aiguillon trop lourd s’échappe de mes mains.

« Regarde ! Dans un corps débile une âme veule,
Voilà ce qu’elle a fait de moi, la bonne aïeule,
La Terre, qui jadis gonflait mon bras puissant.
Tous ses sucs sont taris. La Terre est morte, et, seule,
La Ville fait aux siens des muscles et du sang.

« À la ville, du moins, tout travail vaut salaire.
Ici le grain qu’on sème est un grain de colère :
Les paysans sont las de peiner sans profits.
En vain ils ont crié vers toi, Dieu tutélaire :
Le vieux sol maternel ne nourrit plus ses fils ! »

II


Combien de vous, Bretons, ont tenu ce langage
Et combien sont partis, légers de tout bagage,
Vers la Cité d’or et de fer !