Page:Le Goffic - Poésies complètes, 1922.djvu/290

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Lignards, dragons, marins aux faces basanées,
Sur qui la Marseillaise enflait sa grande voix,
Pêle-mêle gagnant le Rhin par longs convois,
Le hasard me ramène — après combien d’années ! —
Aux lieux où je les vis pour la première fois.
C’est le même décor charmant, à peine étrange,
Tant il est familier à l’œil des citadins,
De pignons cuirassés d’ardoises en losange,
De blés mûrs, de clochers, de mâts et de jardins.
Le même soleil d’août incendiait les seigles :
Rien n’a changé, ni les toits gris, ni les prés verts,
Hormis nous qu’avant l’heure ont blanchis les hivers,
Trop jeunes autrefois pour mourir sous nos aigles
Et trop vieux aujourd’hui pour venger leurs revers.
Le signal que nos yeux guettaient sur les collines
S’est allumé trop tard, quand nous n’étions plus là :
Seule, au gémissement des cités orphelines
Répondait la clameur des hordes d’Attila.
Sous tant d’adversité si notre âme succombe,
C’est qu’à d’autres destins on nous avait promis.
Marqués dès le berceau pour la rouge hécatombe,
Nous étions prêts : pourquoi nous prend-on notre tombe ?
Pourquoi n’est-ce pas nous qui partons, mais nos fils ?
L’âge avait-il donc fait notre bras si débile ?
Terre des vins légers et des âcres houblons,
Des grands papillons noirs cachant les cheveux blonds,