Page:Le Parnasse contemporain, II.djvu/278

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Les vents sifflaient jadis dans ses mille poulies.
Vaisseau désemparé qui ne gouverne plus,
Il roule, vain jouet du flux & du reflux,
L’ancien explorateur des vertes Australies.

Il ne lui reste plus un seul des matelots
Qui chantaient sur la hune en dépliant sa toile.
Aucun phare n’allume au loin sa rouge étoile.
Il roule abandonné tout seul sur les grands flots.

La mer autour de lui se soulève & le roule,
Et chaque lame arrache une poutre à ses flancs.
Et les monstres marins suivent de leurs yeux blancs
Les mirages confus du cuivre sous la houle.

Il flotte, épave inerte, au gré des flots houleux,
Dédaigné des croiseurs aux bonnettes tendues,
La coque lourde encor de richesses perdues,
De trésors dérobés aux pays fabuleux.

Tel je suis. Vers quel port, quels récifs, quels abîmes,
Dois-tu les charrier, les secrets de mon cœur ?
Qu’importe ? viens à moi, Caron, vieux remorqueur,
Écumeur taciturne aux avirons sublimes !