Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/108

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LES TRÉSORIERS



Un frémissement fier passe à travers les bois !

Sous la tiède clarté de la nuit pacifique
Le vieux peuple debout, dont les chênes sont rois,
Enfle son âme au vent de leur âme stoïque.

Et le siècle, le jour, l’heure, l’instant, le mois,
Unissent tout à coup dans un arome unique
Mille aromes au loin répandus à la fois.

Le peuple fraternel aux lointaines lisières
Vibre ému tout entier de la beauté des lois
Qui scellèrent ses pieds aux plaines nourricières.

— Les timides soupirs, les féroces abois,
Tous les instincts errants, toutes les fourmilières,
Ancêtres ! ils sont nés sous votre ombre autrefois !

Tout ce qui rampe ou court, tout ce qui saigne ou tue
A vos pieds dormira, cendre inerte et sans voix,
Pour que la séve en vous monte et vous perpétue.