Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/159

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Que de temps tu restas inconnue et secrète !
Un peuple de pasteurs fit enfin ta conquête ;
Nul désert, nul sommet n’arrêta son élan.
Comme un amant jaloux d’une beauté voilée,
Il foula jusqu’aux pics, où la neige étoilée
Depuis l’aube des jours dort sous son voile blanc.

Adossée à tes monts, pacifique guerrière,
Entre l’Europe et toi Dieu mit une barrière :
Les Alpes sur tes flancs dressent leurs bastions.
Ainsi que l’Angleterre à l’abri dans son île,
De ton nid d’aigle, au loin, tu regardes tranquille
Passer le flot troublé des révolutions.

Jouis de ta beauté ! L’art peut la rendre à peine ;
Le pinceau n’atteint pas ta taille surhumaine ;
Son cadre trop étroit veut un moindre milieu.
La parole essaierait en vain de te décrire ;
Ta grandeur déconcerte, hélas ! même la lyre ;
C’est que l’art vient de l’homme, et toi, tu viens de Dieu.

Il nous a montré là sa puissance sans bornes.
Il dit au Cyclamen : Fleuris sous les pics mornes !
Au Glacier : Mire-toi dans l’eau du lac dormant !
Au Mélèze éperdu : Penche-toi sur l’abîme !
Au Mont-Blanc : Vers le ciel monte en dôme sublime,
Et que le grandiose ait un aspect charmant !

Heureux le voyageur, l’Amant ou le Poëte