Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/172

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ISABELLE GUYON


UNE COURONNE

I


Autrefois je portais un chagrin dans mon cœur.
Le monde s’en railla tant que, m’en croyant lasse,
En riant j’essayai de poser à sa place
Quelque rêve insensé… quelque ombre de bonheur.

Mais nul plaisir pour moi ne valut ma douleur.
Nul joyau précieux ne m’en offrit la grâce…
Sans elle j’ignorais ce qui reste ou qui passe…
Mon âme se mourait sans son âpre saveur.

Sourde à la raillerie, alors j’allai moi-même
Reprendre mon trésor délaissé, mon chagrin,
Et j’en fis de mon front l’immortel diadème.

C’est celui dont se pare au ciel le séraphin,
C’est celui des martyrs… et cependant je l’aime
Plus que tous les faux biens d’hier et de demain !