Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/214

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ULTIMA VERBA


La vie et la douleur m’ont appris la sagesse,
La voici : l’amour est mortel.
Il meurt même avant nous, et l’homme, en sa détresse,
N’a point d’ennemi plus cruel.

Qu’est-ce donc que la vie ? amertume et torture,
Doute et désespoir, tour à tour !
Mais le plus grand des maux que nous fit la Nature,
Et le plus fatal, c’est l’amour !

L’amour est un combat entre l’homme et la femme,
Qui rive au vaincu le vainqueur.
Tendresse et volupté, nous dit-on ; — lutte infâme !
L’un l’autre, on s’y mange le cœur.

D’où vient-on ? où va-t-on ? Questions sans réponse ;
Le ciel reste sourd à nos cris ;
Et le sphinx de la vie en nous raillant enfonce
Ses griffes dans nos flancs meurtris.

La Nature, mêlant l’ivresse à la souffrance,
De l’homme ardente à se jouer,
Pour leurrer ses douleurs lui donne l’espérance,
L’amour pour se perpétuer.