Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/231

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Et surplombe la chaire abbatiale, où siége,
Avec sa tête osseuse et sa barbe de neige,
Ascétique, les mains jointes, le dos courbé,
Hiéronymus, le vieil et révérend Abbé.

En face, seul, debout, sans cape ni sandales,
Et du sang de ses pieds tachant les froides dalles,
Un autre moine est là, silencieux aussi.
L’œil dardé devant soi, bien loin de ce lieu-ci,
Au travers de ces murs massifs son âme plonge
Dans le ravissement d’un mystérieux songe ;
Un sourire furtif fait reluire ses dents ;
Mais il reste immobile et les deux bras pendants,
Dédaigneux du pardon ou de la peine atroce.
Enfin, l’homme sacré par la mitre et la crosse,
Qui peut remettre aux mains de son proche héritier
Dix mille manants, serfs de glèbe ou de métier,
Plein droit de pendaison sur ces engeances viles,
Droit d’anathème et droit d’interdit sur deux villes,
Et devant qui bourgeois et séculiers jaloux
Et barons cuirassés fléchissent les genoux,
Hiéronymus, levant son front strié de rides
Et ses yeux desséchés par les veilles arides,
Se signe lentement et dit à haute voix :

— Le chemin est mauvais, mon frère, où je vous vois.
Après tant de longs jours et tant d’heures damnées,
Cette désertion, Jésus ! de deux années.
D’où sortez-vous ainsi ? Qu’avez-vous fait, perdu