Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/274

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SNORRA.

La louve concevra, mais d’un loup plein de force.

SNORRO.

Parfois un rameau vert sort d’une vieille écorce !

SNORRA.

Dors plus loin ton sommeil par l’ivresse épaissi.

SNORRO.

Pourquoi Snorra, ce soir, m’est-elle rude ainsi ?
Veut-elle qu’on la prie et qu’on la complimente ?
Toi qui fus d’un vieillard la compagne clémente,
Comme la polémoine au flanc du glacier dur
Pour parfumer la neige ouvre sa fleur d’azur ;
Gardienne au cœur zélé des celliers économes,
Qui fermes ton vadmel aux yeux des jeunes hommes,
Et n’ouvres point l’oreille à leurs propos hardis,
Femme ! un fils te naîtra de moi, je te le dis !
Afin qu’aux jours prochains, où, sans regard ni forme,
Il faudra qu’en un lit solitaire je dorme,
Tu baises sur un front de ta vue ébloui
L’image de l’époux que tu n’as point trahi ;
Et que l’enfant, vivant retour d’une âme absente,
Fidèlement te paie en tendresse innocente
L’amour candide et sûr, beau comme un jour vermeil,
Dont rêvera le père en son obscur sommeil !


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