Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/281

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Alors dans le minuit plein d’un vent de colère,
S’empourpre horriblement le grand caillot solaire !
Explosion haineuse, il crève, éclaboussant
Toute l’immensité des ténèbres, de sang !
Et sous lui sanglotante, une large coulée,
Mare sur les plateaux, gave dans la vallée,
Précipite aux bas-fonds son flot torrentiel
Qui rejaillit, geyser de pourpre, vers le ciel !
Sans bornes se répand l’effusion vermeille :
Sous la brume aux vapeurs des massacres pareille,
Les glaciers sont de grands miroirs érubescents ;
Tiède comme un linceul sur des meurtres récents,
La neige en ses grands plis, sanglante, se dilate.
L’île déroule au loin son désert d’écarlate
Que prolonge la morne et rouge inclinaison
Des glaces de la mer vers le rose horizon,
Et doublant l’incarnat sans fin de l’étendue,
La nuée, en glaçons de rubis suspendue,
Semble une mer de sang figé, qui planerait !
Vers la haute blessure, un loup hurle, en arrêt ;
Et la femelle, folle et mordant ses entrailles,
Détestable berceau de proches funérailles,