Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/349

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II


Ayant, cinq ans, toujours assaillants, assaillis,
Couru, meurtri, fouillé, navré tout le pays
D’Anduze à Montpellier et de Toulouse à Nîmes,
Revenant de piller Sommières, nous nous mîmes,
Tout repus de courir l’aventure, à chercher,
Chemin faisant, une aire où nous pussions nicher
Et rire sûrement en sortant des Batailles ;
Nous avions, en passant, taquiné les murailles
De maint gros bourg hargneux, hérissé de bourgeois
Armés, nous regardant passer, et qui, parfois,
Daignaient nous saluer de quelque arquebusade.
Après mainte mêlée, après mainte escalade,
De nuit, à quelque vieux château noir et grognon,
Mornes, diminués de plus d’un compagnon,
Nous parvînmes enfin (sans dessein de le prendre)
Jusque vers Montpellier, qui n’a pas su défendre
Contre les Loups, terreur de son troupeau chrétien,
Saint Roch le bon patron, aidé de son bon chien !
— Or d’aucuns, accusant déjà, par lassitude,
La solde trop avare et le travail trop rude,
Et leur sang, dépensé pour rien, dans maint estrif ;
Objurguant, courroucés, ce chemin déceptif
Qu’on leur avait promis si joyeux, à son terme,