Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/37

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.





ÉMILE BERGERAT

————


PAROLES DORÉES


J’ai reposé mon cœur avec tranquillité
Dans l’asile très-sûr d’un amour très-honnête.
La lutte que je livre au sort est simple et nette,
Et tout peut m’y trahir, non la virilité.

Je ne crois pas à ceux qui pleurent, l’âme éprise
De la sonorité de leurs propres sanglots :
Leur idéal est né de l’écume des mots,
Et comme je les tiens pour nuls, je les méprise.

Cerveaux que la fumée enivre et qu’elle enduit,
Ils auraient inventé la douleur pour se plaindre ;
Leur stérile génie est pareil au cylindre
Qui tourne à vide, grince et s’use dans la nuit.

Ils souffrent ? Croient-ils donc porter dans leur besace
Le déluge final de tous les maux prédits ?
Sous notre ciel chargé d’orages, je le dis,
Il n’est plus de douleur que la douleur d’Alsace.