Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/38

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J’aime les forts, les sains et les gais. Je prétends
Que la vie est docile et souffre qu’on la mène ;
J’observe dans la mort un calme phénomène
Accessible à mes sens libres et consentants,

Et qui ne trouble pas ma paix intérieure.
Car la forme renaît plus jeune du tombeau,
Et l’ombre passagère où s’engloutit le Beau
Couve une éternité dans l’éclipse d’une heure.

Car la couleur charmante et mère des parfums
Rayonne inextinguible au fond des nuits funèbres,
Et sa splendeur de feu qu’exaltent les ténèbres
Emparadise encor les univers défunts.

Femme, recorde-moi ceci. Ma force vierge
Est éclose aux ardeurs brunes de tes beaux yeux :
Quand mon cœur sera mûr pour le sol des aïeux,
Notre amour sera clos. N’allume pas de cierge.

Le ciel restera sourd comme il reste béant.
O femme, écoute-moi, pas de terreur vulgaire !
Si l’âme est immortelle, il ne m’importe guère,
Et je ne me vends pas aux chances du néant.

Aucun joug n’a ployé ma nuque inasservie,
Et dans la liberté que lui fait sa vertu,
Voici l’homme qui s’est lui-même revêtu
Du pouvoir de juger et d’attester sa vie.