Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/415

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



C’était, comme ce soir, le même poudroîment,
Et sur les bois muets les mêmes légers voiles ;
On eût dit qu’un vertige entraînait les étoiles
Vers la terre assoupie en son recueillement.

Orion scintillait juste à la même place,
Les mêmes lys d’argent sur moi semblaient tomber,
Et les quatre Gardiens du ciel faisaient flamber
Leurs feux aux mêmes points de l’immuable espace.

O mystère !… A combien de nocturnes songeurs,
A combien d’amoureux, de fous ou de poëtes,
Avez-vous prodigué vos glorieuses fêtes,
Depuis que vous marchez, éternels voyageurs ?

Combien d’hôtes nouveaux fêterez-vous encore ?…
Quand nous serons couchés au tombeau ténébreux,
Combien d’enfants, combien de pâles amoureux
Graviront ce coteau pour vous mieux voir éclore ?

D’où venez-vous ?… Quel pâtre invisible conduit
Aux sons élyséens de sa flûte divine,
Et pousse devant lui, de colline en colline,
Vos troupeaux radieux dans les champs de la nuit ?

Quel espoir nous sourit dans chacun de vos signes
Ou quel mensonge ?… Hélas ! vous gardez vos secrets.
Et tandis que mon œil rêveur suit vos progrès,
L’aube blanchit là-bas sur la crête des vignes.