Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/60

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MÉLANIE BOUROTTE

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EN FORÊT


Le chêne au tronc géant, à l’épaisse ramure,
Plonge dans le granit son pivot monstrueux ;
Et le vivant réseau de sa rugueuse armure
Déconcerte l’effort des vents impétueux.
Deux siècles, trois peut-être et même plus encore,
Pèsent, sans l’incliner, sur son front souverain ;
Sa grande ombre enveloppe une pente sonore
Où, de chênes, ses glands ont couvert le terrain.

Combien il en a vu passer dans les clairières,
De générations se poussant vers la mort :
Blonds couples d’amoureux ou cohortes guerrières
Ou chasseurs affolés courant au son du cor !
Qu’il en a vu tomber sous les haches sifflantes,
De ses contemporains en cadavres changés !
Mutilés par des mains calleuses ou tremblantes,
Dans quel vaste ossuaire ont-ils été rangés ?…