Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/96

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Coupant brutalement tes boucles parfumées,
Que se passera-t-il dans les âmes gourmées
De ces heureux du jour, de tous ces contentés
Qui, jusqu’aux pieds de Dieu, traînent leurs vanités ?
De quel enseignement sera ton sacrifice ?
L’un à quelque folie et l’autre à quelque vice
Retourneront sans doute au sortir de ce lieu,
Pauvre fille, où tu viens de dire au siècle adieu.
Ce soir, lorsqu’ayant bu jusqu’au fond le calice,
Lasse d’être à genoux, saignant sous ton cilice
Et laissant jusqu’au sol tes mains jointes tomber,
Tu frémiras, craignant un jour de succomber
Sous le faix écrasant de tes saintes fatigues,
Ces hommes replongés déjà dans leurs intrigues,
Ces femmes se parant pour un plaisir nouveau,
T’oublîront dans ton cloître ainsi qu’en un tombeau !

Mais j’ai tort, ô ma sœur ! Mon âme peu chrétienne
Ne sait pas s’élever au niveau de la tienne.
C’est parce que le monde est justement ainsi
Que ta jeunesse en fleur va se faner ici.
Pour tout le mal commis par les hommes impies
Tu t’offres en victime innocente et l’expies.
Dans la stricte balance, au dernier jugement,
Tu crois qu’il suffira peut-être seulement,
Pour voir se relever le plateau des scandales,
Du poids de tes cheveux répandus sur les dalles.
Tu vas veiller, jeûner, languir, mais tu le veux.
Dans toute la rigueur accomplis donc tes vœux.