Page:Le Parnassiculet contemporain, 1872.djvu/25

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des murs et mâchant du haschich… Ils regardent sans rien dire une jeune fille en costume de statue qui fait des poses plastiques, au milieu de la chambre, sur un tapis de pourpre fanée. À chaque nouvelle pose, un petit homme noir qui se démène au piano plaque un accord majestueux, pendant qu’un bel adolescent à longs cheveux dorés et bouclés, vêtu de velours sombre, indique à la jeune fille les poses diverses qu’il faut prendre.

— Le cygne, dit-il à voix basse, voyons… là, mon enfant, ne riez pas, faites-nous la pose du cygne… La tête sur ce coussin, la main pendant ainsi, c’est bien… Ganymède maintenant, la pose de Ganymède…

Et l’on n’entend que les paroles murmurées par le jeune homme, les accords sourds du piano et les petits éclats de rire secs et argentins de la jeune fille-statue.

Séduit par ce spectacle surprenant, Si-Tien-Li a ouvert la porte peu à peu, et, sans songer qu’on pourrait le voir, il avance la tête, écarquillant joyeusement ses yeux bridés pleins de finesse. Tout à coup, la jeune fille se retourne pour « faire Ganymède » ; elle aperçoit dans l’entrebâillement de la porte la face étonnée de Si-Tien-Li, et se laisse tomber sur les coussins, riant aux éclats, et criant de toutes ses forces : — Polichinelle !… oh !… Polichinelle !!


V


Si-Tien-Li fait son entrée.


Toutes les têtes regardent vers la porte… Si-Tien-Li prend de la main gauche son bonnet de mandarin orné du bouton de cristal, et, découvrant sa tête rasée,