Page:Le Play, L’Organisation De La Famille, 1884.djvu/71

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notion même de ce principe fondamental s’est perdue parmi nous. On pourrait donc redouter de dures épreuves pour notre nationalité si des esprits perspicaces, qu’on ne peut accuser d’un attachement aveugle pour le passé, ne commençaient à signaler le mal et à rétablir sur ce point la connaissance de la vérité[1].

Ces principes se retrouvent partout dans la pratique des familles et des autres communautés qui ont traversé une longue suite de siècles. En général, la fonction du chef consiste surtout à se sacrifier pour la prospérité commune. La coutume, fondée sur l’intérêt de tous, désigne toujours, dans chaque génération, celui sur lequel retombe cette charge, qui n’est guère compensée que par la considération publique. Dans la plupart des cas, trois motifs principaux ont fait porter ce choix sur le premier-né du chef précédent. L’aîné des enfants est le plus tôt prêt à donner à son père un concours impatiemment attendu de tous. Sous le régime de fécondité de ces anciennes institutions, il est également désigné par la nature pour veiller à l’éducation de frères et de sœurs dont les plus jeunes sont encore au berceau quand le père choisit son associé[2].

  1. L’Organisation du travail, Document N, p. 531 à 533.
  2. Sous notre régime de familles instables et de lois écrites, où l’on rencontre rarement par ménage plus de deux enfants, où ceux-ci ont des âges fort rapprochés, où enfin l’opinion émane des classes urbaines, on ne se fait aucune idée des devoirs imposés à l’aîné des enfants dans une famille féconde de paysans : on ne saurait donc comprendre non plus les droits correspondant à ces devoirs. Cette ignorance des phénomènes les plus essentiels à une société-table constitue de nos jours une des regrettables lacunes de l’esprit français.