Page:Le Play, L’Organisation De La Famille, 1884.djvu/82

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charge toutes les obligations de sa race : il dut conserver la mémoire des ancêtres, doter les frères et sœurs, assurer l’avenir des descendants, pratiquer, en un mot, tous les devoirs imposés par la tradition à une famille-souche agricole et guerrière. Chaque tenancier avait sur la jouissance de son domaine des droits analogues à ceux que le seigneur exerçait sur l’ensemble des domaines constituant le fief. Comme le seigneur, il transmettait ce droit à son héritier avec les devoirs qui y étaient attachés. Ce régime donna au travail agricole une stabilité que la corruption des classes dirigeantes n’a pas complètement détruite depuis cinq siècles, et que les institutions actuelles n’ont pas restaurée. Dans le Limousin et le Nivernais, beaucoup de métayers à famille-souche cultivent les mêmes domaines depuis plusieurs siècles. Dans la Champagne et le Soissonnais, au contraire, il est peu de cultivateurs à famille instable qui se soient maintenus sur les mêmes fermes depuis la révolution de 1789.

Cependant la liberté testamentaire ne resta point d’un usage général sous le régime féodal, surtout dans le nord de la France. Le suzerain, intéressé à l’établissement d’un ordre régulier dans le fief, employa souvent son influence à créer un régime de succession indépendant de la volonté de son vassal. C’est ainsi que le droit