Page:Le Play, L’Organisation De La Famille, 1884.djvu/88

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Plus tard cette redevance fut rachetée par le payement d’un capital. Souvent aussi un partage

    individuellement la terre arable et les prés dont ils avaient l’usufruit perpétuel, comme les paysans russes de l’abrok, à la charge de payer un fermage convenu au seigneur propriétaire du fonds. Comme dans les autres communautés rurales de la Champagne, ces héritages constituaient une banlieue morcelée. Ils étaient contigus à une forêt communale, et ils étaient exploités sous le régime de la vaine pâture (§ 6). Toutefois, à l’aide du testament et du retrait lignager, les pères s’efforçaient de lier à la transmission des biens personnels la conservation de l’esprit de tradition dans leurs familles. Ainsi que dans les communes russes actuelles, les foyers domestiques n’étaient jamais l’objet d’une location chaque chef de famille possédait au moins une maison dans le bourg et un jardin dans la banlieue.
    La communauté de Beaumont a été régie pendant six siècles par la charte que lui donna spontanément, en 1182, son suzerain, Guillaume de Champagne, archevêque de Reims, et que Charles V, roi de France, cessionnaire en 1379 des droits des archevêques, s’engagea à respecter.
    Aux termes de cette charte, les redevances annuelles, qui représentent à la fois la rente due au propriétaire du fonds et l’impôt dû au seigneur chargé de la défense du sol, sont fixées une fois pour toutes. Elles comprennent : 2 francs (monnaie actuelle) pour la maison et le jardin ; 1 fr 76 par hectare de près un sixième des céréales récoltées sur les terres d’ancienne culture ; un septième des céréales récoltées sur les terres défrichées après l’octroi de la charte. Les libertés locales sont développées dans des proportions inconnues de nos jours, sans aucun inconvénient pour les droits du seigneur et pour la paix publique. Les bourgeois élisent chaque année leurs magistrats municipaux, qui gouvernent la commune, rendent la justice civile ou criminelle, et donnent l’authenticité aux contrats. Les décisions touchant les intérêts communs font prises, sur la place de l’église paroissiale, par une assemblée composée du maire, des échevins et de quarante des bourgeois les plus éclairés.
    Le seigneur intervient à peine dans ce petit gouvernement local. Ses prérogatives se bornent à nommer un juré qui, de concert avec deux autres désignés par les bourgeois, surveille l’emploi des fonds alloués sur les revenus seigneuriaux pour la défense et