Page:Le Rouge et le Noir.djvu/344

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faut, se disait-il, qu’importe ce que je puis sentir en ce moment ? Il alla reconnaître la situation et le poids de l’échelle.

C’est un instrument, se dit-il en riant, dont il est dans mon destin de me servir ! ici comme à Verrières. Quelle différence ! Alors, ajouta-t-il avec un soupir, je n’étais pas obligé de me méfier de la personne pour laquelle je m’exposais. Quelle différence aussi dans le danger !

J’eusse été tué dans les jardins de M. de Rênal qu’il n’y avait point de déshonneur pour moi. Facilement on eût rendu ma mort inexplicable. Ici, quels récits abominables ne va-t-on pas faire dans les salons de l’hôtel de Chaulnes, de l’hôtel de Caylus, de l’hôtel de Retz, etc., partout enfin. Je serai un monstre dans la postérité.

Pendant deux ou trois ans, reprit-il en riant, et se moquant de soi. Mais cette idée l’anéantissait. Et moi, où pourra-t-on me justifier ? En supposant que Fouqué imprime mon pamphlet posthume, ce ne sera qu’une infamie de plus. Quoi ! Je suis reçu dans une maison, et pour prix de l’hospitalité que j’y reçois, des bontés dont on m’y accable, j’imprime un pamphlet sur ce qui s’y passe ! j’attaque l’honneur des femmes ! Ah ! mille fois plutôt, soyons dupes !

Cette soirée fut affreuse.

XLVI

Une heure du Matin.

Ce jardin était fort grand, dessiné depuis peu d’années avec un goût parfait. Mais les arbres avaient plus d’un siècle. On y trouvait quelque chose de champêtre.
Massinger.

Il allait écrire un contre-ordre à Fouqué lorsque onze heures sonnèrent. Il fit jouer avec bruit la serrure de la porte de sa chambre, comme s’il se fût enfermé chez lui. Il alla observer à pas de loup ce qui se passait dans toute la maison, surtout au quatrième étage, habité par les domestiques. Il n’y avait rien