Page:Le Temps, 20 juin 1908.pdf/4

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Feuilleton du Temps

du 20 juin 1908


LA MUSIQUE


Concert de musique anglaise contemporaine, organisé par Mlle Ethel Smyth. – L’évolution de la musique anglaise. – Sa fécondité primitive et sa stérilité actuelle. – Influence du puritanisme et influence étrangère. – L’imitation de Mendelssohn. – Les musiciens nouveaux. – L’influence française. – Quatre pièces de Mlle Ethel Smyth.

L’évolution de la musique anglaise et son état actuel sont au nombre des phénomènes les plus singuliers de l’histoire de l’art. L’Angleterre a été pendant la plus grande partie de son passé un pays naturellement musical, et cela n’a rien qui puisse surprendre, puisque les hommes qui l’habitaient appartenaient à la race bretonne, une des races du monde où le chant populaire est le plus riche, le plus nuancé et le plus profond. Diverses relations anciennes portent témoignage de cette aptitude à la musique. Ce qui étonne, ce n’est donc pas que ce pays ait été musicien, c’est qu’il ne le soit plus ; c’est qu’un peuple formé par le mélange, au sang breton, d’un large lot de sang germanique, un peuple où l’afflux de ce sang nouveau aurait dû fortifier encore la musicalité innée, soit devenu de tous les peuples d’Europe le plus étranger à la musique, un peuple « qui n’a pas de musique en lui », suivant le mot de Nietzsche. Il y a là un mystère qu’il n’est pas facile de pénétrer.

La stérilité musicale de la Grande-Bretagne est d’ailleurs de date assez récente. Pendant tout le moyen âge, on trouve en ce pays des traces d’une culture artistique sérieuse et brillante. Une des compositions polyphoniques les plus curieuses de la musique médiévale est anglaise : c’est le fameux Sumer is icumen in’, pièce en canon à quatre parties, qui date du treizième siècle. Nombre de morceaux de la même époque, moins célèbres, mais non moins dignes d’attention, sont conservés à la biblio-