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et désert. Il n’y avait pas de terres cultivées ; il me fut affirmé que la plus grande partie du Maroc présentait cet aspect désolé.

Les charmeurs de serpent au Maroc, dessin de J. Duveau d’après Richardson et Jackson.

Le principal but de notre pèlerinage en ce lieu était un argan, planté, dit-on, par le lieutenant du Prophète, le célèbre Okba… C’est un vieil arbre chenu dont l’ombre garantirait encore cent personnes des ardeurs du soleil africain. Est-il rien de plus beau qu’un arbre majestueux, dont les branches et les feuilles variant sans cesse, multipliant leurs formes et les jeux de la lumière, semblent nous donner une idée de l’infini ! Mais un bel arbre, dans le brûlant climat de l’Afrique, procure une sensation qu’on ne peut éprouver en Europe.

« Les jardins de l’empereur renferment un puits et quelques arbres fruitiers ; l’un d’eux, un magnifique figuier, a le tronc tout ciselé des noms des Européens qui ont visité ces lieux. Comme nous étions à nous reposer sous le vénérable arbre d’Okba, le monarque de la forêt, un Maure vint nous raconter les légendes des esprits et des elfes de cette forêt déserte. Il fut un temps où ces bois étaient peuplés d’enchanteresses qui empêchaient les musulmans fidèles de faire leurs prières, dansant autour d’eux aux sons d’une musique voluptueuse, tout comme les nymphes des jardins d’Armide. Les malheureux enfants du Prophète étaient tourmentés sans relâche par ces astucieuses houris…

« Nous traversâmes, en rentrant en ville, les deux cimetières, chrétien et indigène. Le premier est le lieu de repos le plus triste que l’imagination la plus désolée puisse rêver. Pas de verts gazons, pas d’arbres, pas un seul cyprès projetant son ombre sur le malheureux qui vient pleurer sur une tombe aimée. C’est un lieu de désolation, une plaine de sable que balayent les vents furieux de cette plage solitaire de l’océan.

« Je ne fis que traverser le cimetière maure. Quel spectacle de la corruption humaine ! Le soleil était couché, la lune couvrait de ses pâles lueurs et de ses ombres étranges cette demeure des morts : il me fallait me hâter de retourner pour ne pas trouver les portes de la ville fermées : dans la pénombre j’entrevoyais se glisser au milieu des tombeaux, ces violateurs de cadavres, les hyènes. »

Le voyageur aurait pu voir dans ce lugubre tableau, un emblème fidèle de l’empire du Maroc et de ses gouvernants.


F. de Lanoye.