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La queue des Nyams-Nyams.

Ainsi plus de doute. Ces queues en cuir des Nyams-Nyams n’ont rien de plus extraordinaire que celles, par exemple, que nos lecteurs ont vues au dos des Indiens Choctaws jouant à la balle (tome ier du Tour du Monde, p. 341). Il ne reste qu’à désirer des renseignements précis sur ces nègres porte-queue et l’on en trouve déjà quelques-uns dans une notice adressée aussi tout récemment par M. G. Lejean à M. Malte-Brun, directeur des Nouvelles annales des voyages.

« On désigne sous le nom de Nyam-Nyam un vaste ensemble de populations situées, au Soudan oriental, à quinze ou vingt jours au moins à l’ouest du fleuve Blanc et au sud du Darfour. Ils ont un gouvernement monarchique ; les provinces sont soumises à des chefs féodaux.

« On a prétendu que les Nyams-Nyams sont anthropophages ; mais il est probable qu’on ne doit accuser de ce goût monstrueux qu’une seule de leurs tribus, celle des Biudgie. Les Européens ne connaissent, du reste de leur territoire, que la partie qui avoisine les Dôr.

« J’ai vu aujourd’hui, 2 août 1860, dit M. G. Lejean, une femme nyam-nyam enlevée par des négriers. Elle est cuivrée comme les Dôr et les Peulhs ; les Djour et les Denka sont d’un fort beau noir, et, comme il n’y a pas de croisement de races dans cette région, la ligne de démarcation entre les noirs et les rouges est très-aisée à déterminer. Elle peut avoir vingt-cinq ans, est d’une haute taille, parfaitement faite, d’un type régulier qui tient le milieu entre celui des noirs et celui des Gallas ; les yeux sont beaux, le front étroit, le nez et les lèvres ont les formes caractéristiques des nègres, mais très-affaiblies : l’ensemble n’est pas désagréable, la figure a de l’intelligence et de la douceur. Elle est nue, à l’exception du pagne en lanières (rahad). Elle se croise les mains sur le sein.

« J’ai essayé de la faire parler, mais je n’en ai eu que des phrases inintelligibles d’un accent enfantin, et pas dix mots d’arabe, bien qu’elle soit depuis deux mois à Khartoum. La langue de ce peuple est inconnue à toutes les tribus voisines ; les traitants trouvent des interprètes chez les Dôr, leurs voisins de l’est. Elle avait, comme tous ses compatriotes, deux dents de la mâchoire inférieure dentelées ; c’est peut-être cet usage qui a fait croire au cannibalisme des Nyams-Nyams. Tout son luxe s’étalait sur sa personne sous forme de colliers de verroteries aux poignets, à la jambe, au cou, d’assez jolies boucles d’oreille (article d’exportation égyptienne), et de trois lourds colliers en fer, entourant le cou et rivés par le marteau du forgeron ; c’est de la pure bijouterie Nyam-Nyam.

« La chevelure est tout à fait laineuse, et formait, lorsqu’elle est arrivée ici, une grosse touffe sur le chignon. Cette coiffure a été remplacée par les petites tresses de la mode arabe, et la captive nous fait comprendre qu’elle se réjouit d’avance de l’admiration que sa transformation excitera parmi ses compatriotes quand elle retournera chez eux.

« Dans trois mois, quand elle parlera l’arabe, je pourrai apprendre par elle bien des choses intéressantes sur son peuple ; mais je ne renonce pas à l’espoir d’étudier les Nyams-Nyams dans leur propre pays. »

Guillaume Lejean.




VISITE À LA GROTTE D’ANTIPAROS,

PAR M. E. A. SPOLL.
1859. — TEXTE ET DESSINS INÉDITS.


Le 2 juillet 1859, nous étions en avaries à l’île de Paros. Nous résolûmes, le docteur et moi, de mettre à profit cette relâche forcée pour aller visiter Antiparos, curieux de connaître par nous-mêmes la grotte fameuse qu’ont décrite Tournefort et le comte Choiseul-Gouffier.

Nous partîmes escortés d’excellents guides que nous devions à la complaisance de M. de Condilly, notre agent consulaire à Paros, et de quelques hommes du bord porteurs d’échelles, de pieux, de cordes et de torches de résine. Une embarcation indigène nous attendait pour traverser le canal étroit qui sépare les deux îles, large d’un mille au plus.

La mer était calme, et, si ce n’est un courant très-rapide qui menaçait à chaque instant de vaincre la vigueur de biceps de nos rameurs pour nous jeter sur Strongilo ou Despotico (Charybde et Scylla de cette miniature de détroit), nous arrivâmes sans encombre à l’île d’Antiparos, connue sous le nom d’Olearos et Oliaros par Strabon et Pline.

Il paraît à peu près certain que ces deux auteurs qui, plaçant Olearos au nombre des Cyclades, n’en parlent que pour mémoire, étaient ignorants des richesses naturelles qu’elle renferme ; Pline surtout n’eût pas manqué cette occasion de déployer les magnificences de son style. Quant à Strabon, il était stoïcien « et n’aimait guère,