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ment de tout ce que le luxe moderne a pu inventer, de ce que les arts produisent de plus recherché. Quelques hôtels ont une galerie de tableaux, véritables musées, disposés de la manière la plus avantageuse pour faire valoir les œuvres précieuses qu’ils renferment, et où l’on trouve à côté des maîtres les plus célèbres des écoles anciennes, les productions de nos peintres, de nos sculpteurs modernes, de ceux qui ont acquis un nom. Les tableaux d’Horace Vernet, de Gudin, de Meissonier, de Calame, etc., etc., ornent la plupart des galeries. Je ne parlerai pas ici des palais impériaux, des résidences des princes de la famille impériale dont la richesse est proverbiale ; mais il est telle galerie comme celle des hôtels Bieloselsky, Emmanuel Narichkine, princesse Zénaïde Youssoupoff, Galitzine, Lazare Lazareff et bien d’autres que l’on pourrait citer, qui possèdent des galeries qui feraient honneur à une grande ville. La maison du directeur général des postes, M. Prianitchnikoff, se distingue entre elles par une spécialité : elle ne renferme que des tableaux de peintres russes, et j’en, connais parmi eux qui brilleraient au premier rang dans nos expositions. La peinture marche en Russie vers un progrès marqué ; la jeune école a des qualités réelles, et je lui reconnais un grand mérite, c’est de procéder d’elle-même, sans pour cela répudier les enseignements qu’elle doit à ses devanciers dans la carrière des arts.

Traîneau de ville. — Dessin de M. Blanchard.



Noël et l’arbre de Noël. — Les théâtres. — Les bains. — Les églises. — Mariages et enterrements. — Le jour de l’an. — La fête du Jourdain. — Un bal au palais impérial.

Nous sommes en plein hiver, une neige abondante, succédant à de nombreux dégels, a nivelé le sol. Sur toutes les routes qui aboutissent à la capitale, à toutes les villes, devrions-nous dire, se succèdent de longues files de traîneaux. Noël approche, Noël avec toutes ses joies, ses fêtes, ses festins ; depuis quelques jours le marché de la Sennaïa[1] voit s’amonceler sous ses appentis des montagnes de provisions de bouche gelées : des agneaux, des moutons, des porcs entiers, que la hache semble ne pouvoir entamer et qui retrouveront dans l’eau leur fraîcheur première ; des amas de poissons, saumons, esturgeons, sterlets, et une foule d’autres de dimensions plus modestes, que la gelée a saisis dans une dernière convulsion et qui affectent les mouvements les plus bizarres. La foule est grande, acheteurs et vendeurs semblent rivaliser d’entrain ; à chaque moment un traî-

  1. La Sennaïa, le marché au foin ; son équivalent serait la halle à Paris. C’est une vaste place où se trouvent des appentis de bois pour les marchands ; on y dresse également des tentes en toile, pendant les grands marchés de l’hiver, les poissons de petites dimensions sont disposés en vastes amas à l’air libre. Les paysans venus de petite distance ne déchargent pas leurs traîneaux qui leur servent de boutique.