Page:Le Tour du monde - 03.djvu/249

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New-York dans une famille américaine, dont il avait été accueilli avec affabilité. Sur le point de faire un voyage de quelques jours, il crut devoir une visite d’adieu et il fut reçu par la demoiselle de la maison, seule en ce moment au logis. Dès qu’elle connut l’objet de sa visite, elle lui dit qu’elle l’accompagnerait.

« Comment, sans prévenir vos parents ? demanda naïvement le Français.

— Certainement, » répondit-elle.

En effet, le lendemain ils partaient ensemble pour Saratoga, où ils passèrent deux jours à visiter la ville et les environs.

Naturellement, dit en terminant mon compatriote, les frais de toute cette excursion sont restés à ma charge, et les parents de la jeune personne ont bien voulu me remercier de cette galanterie. Mais, en compensation d’une assez forte dépense, elle-même ne m’a laissé d’autre souvenir que celui de sa conversation aussi modeste que spirituelle, de sa conduite irréprochable et de son imperturbable sang-froid. »

À la frontière anglaise une voie ferrée fait suite à la voie d’eau dans la direction de Montréal ; un convoi nous y attendait. Le service du chemin de fer avait été interrompu depuis quelques jours par le feu qui avait éclaté dans les forêts voisines. La pluie, qui nous avait assaillis, avait aussi éteint l’incendie, et nous avons pu profiter de la voie ferrée. C’est en français qu’on nous félicita de cet heureux hasard, et je pus constater quel plaisir on éprouve a entendre sa langue natale lorsqu’on est éloigné de la patrie.

Vue de Québec (p. 254). — Dessin de Grandsire d’après M. Deville.

Montréal, bâtie au-dessous des premiers rapides qui entravent la grande navigation du Saint-Laurent, au point de jonction des eaux du Champlain et de l’Otawa avec celles du grand fleuve, doit sans doute à toutes ces circonstances réunies d’être la ville la plus grande et la plus florissante, non-seulement du Canada, mais de tout le continent américain au nord de New-York et de Boston. Le petit établissement de Ville de Marie, fondé en 1641 par le Français Maisonneuve, sur le mont Royal, la seule hauteur qui domine, pendant un espace énorme, la rive gauche du Saint-Laurent, serait rangé partout aujourd’hui au nombre des grandes cités. Montréal compte quatre-vingt mille âmes, et les progrès qui s’accomplissent dans le Canada sont les garants de son accroissement et de sa prospérité future.

Le jour de mon arrivée en cette ville étant un dimanche, il n’y avait pas une seule boutique ouverte, et toute la population se rendait à l’église. La cathédrale présente une façade en pierres grises, bâtie dans le style gothique, mais sans la moindre sculpture. Malgré son extrême simplicité, les Canadiens se montrent très-fiers de ce monument, et la comparent à Saint-Pierre de